L’excitation buccale des organes génitaux masculins : Mise en bouche

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Intime, elle relève parfois du tabou. Précieuse, elle ne s’offre pas à tout le monde. Parfois sale, elle s’évite. Nourrissante, elle peut se consommer mais souvent se recrache, voire s’interrompt avant le plat principal. Enfin, sulfureuse, elle a bien souvent mauvaise réputation. Bref, l’excitation buccale des organes génitaux masculins, plus communément appelée « pipe » voire « plume », est entourée de mystère. Puisque chez PÉNIBLES, on aime les jolis mots, on utilisera dans cet article le terme « plume ».

La plume historique

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Il paraît que tailler une plume est une pratique qui remonte à des temps très lointains. Dès que les hommes furent dotés d’une kékette, en fait.

La civilisation indienne en est la preuve la plus parlante : dans son Kama Sutra, Vatsyayana y dédie tout un chapitre ! Nous sommes entre le 1er et le 5ème siècle de notre ère et on parle alors de « congrès buccal ». Des eunuques improvisés en masseurs très spéciaux faisaient en effet de la plume leur honorable profession. Une plume très protocolaire cela dit, en 8 étapes bien définies (d’abord les mains, puis la langue, etc.). J’ai pu moi-même observer, sur l’un des temples de Khajuraho, dont la construction date de la fin du 10ème/moitié du 11ème siècle, une sculpture évoquant un « 69 » décomplexé. La plume n’est donc pas née sur les sites porno, oh non…

Chez les Incas, au 11ème siècle encore, on ornait les goulots des pots d’une jolie kékette. Ainsi, le buveur s’abreuvait avec une kékette dans la bouche, mais le breuvage était plus digeste, si j’ose m’exprimer sur la question.

Bien avant encore, au 1er siècle avant notre ère, la sulfureuse Cléopâtre, s’adonnant régulièrement aux joies de la plume, se serait faite appeler « Grande bouche » voire « Grosses lèvres ». C’est Thierry Leguay qui le dit dans sa Fabuleuse histoire de la fellation (Musardine, février 2014). La légende dit aussi qu’elle aurait fait leur affaire à pas moins d’une centaine de gardes en une nuit ! Le plus majestueux des paons peut ravaler ses plumes !

Les exemples ne manquent pas non plus à Rome, où les hommes raffolaient de cette fameuse gâterie. Néanmoins, la plume romaine désigne avant tout un rapport dominant/dominé bien établi : seules les femmes, ou les esclaves (hommes et enfants), peuvent s’adonner à cette pratique bien trop dévalorisante. Celui qui reçoit la kékette dans sa bouche est en effet au comble de la passivité, tandis que l’homme romain est un homme d’action, un vrai !

Tout ça pour dire que les hommes comme les femmes taillent des plumes depuis la nuit des temps.

Quant à l’expression « tailler une plume », d’où vient-elle ? À partir du 6ème siècle, la plume d’oie remplace peu à peu le calame moyen-oriental pour l’écriture, jusqu’à représenter une industrie européenne florissante au milieu du 19ème. Or, une bonne plume se taille, et Diderot consacrera d’ailleurs à cette technique une planche entière de son Encyclopédie (je veux dire, à la technique de la taille de plume d’oie). Et, ironie du sort, les femmes étaient souvent responsables de cette tâche (je veux dire, du taillage de plume d’oie pas de l’écriture bien sûr), qui nécessitait d’humidifier au préalable le bout de la plume d’oie avec la langue. Ainsi érigées au rang de suceuses de plumes d’oie, les femmes ont glorieusement contribué à faire naître l’expression bien française « tailler une plume » quand, le soir, elles humidifiaient le bout de leur homme avec la langue.

C’est ainsi que la plume a fini par désigner la pipe, dans la deuxième moitié du 19ème siècle. 19ème siècle que l’on pourrait d’ailleurs qualifier de siècle de la plume, tant celle-ci a fait couler d’encre : Verlaine ne disait-il pas à quel point il affectionnait la « crème de quéquette » ? Pour l’expression « tailler une pipe », continuez plutôt de lire cet article car ce n’est pas notre propos.

Quand la plume taboue a mauvaise réputation

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Quelle a été la réaction de France Gall quand on lui a fait remarquer qu’Annie n’aimait pas que les sucettes à l’anis et que ce n’était pas que du sucre d’orge qui coulait dans la gorge d’Annie ? La négation bien sûr ! Sacré Gainsbarre, il l’avait usurpée ! Réaction évidente, tant on connaît la réputation salace de cette pratique décomplexée. Comment aurait-elle pu avouer qu’elle avait bel et bien chanté la plume sans gêne, en connaissance de cause ? France Gall a préféré sauver sa réputation, et sa carrière, par la même occasion. Mais qu’est-ce qui rend la plume si intolérable ?

L’Eglise catholique irlandaise pénalisait la plume aussi durement que le meurtre entre les 5ème et 11ème siècles. Passible de 3 à 15 ans de prison, on y réfléchissait à deux fois avant de titiller la kékette de son amant (en public du moins).

Faisons à nouveau un saut dans l’Histoire, de l’Europe moyen-âgeuse à l’Ouganda du 21ème siècle. En février 2014, le Président ougandais promulgue une nouvelle loi pénalisant l’homosexualité et affirme : « La bouche sert à manger, pas pour le sexe. La bouche est conçue pour embrasser ». Il condamne ainsi la sacro-sainte plume, pratiquée depuis des siècles et des siècles. Or, la plume ne consiste-t-elle pas à embrasser la kékette ?

Ces courts exemples nous forcent à constater l’évidence : de l’an 0 à l’année 2014 jusqu’aujourd’hui encore, la plume a toujours été taboue. Fait révélateur : elle n’est définie dans le dictionnaire français qu’en 1984, soit au moins 2084 ans après les divines plumes de Cléopâtre ! C’est le Petit Robert qui prend son courage à deux mains et lui donne la place qu’elle mérite dans le riche vocabulaire de la langue de Molière. Mais la route est encore longue avant la plume libérée et assumée.

Pourquoi donc ? Qu’est-ce qui cloche avec la plume ? Il n’est tout simplement pas recommandé, aujourd’hui encore, de vanter ses exploits en matière de plume. Celle qui en offre à tout va est souvent vilainement traitée de salope. La bienséance voudra par exemple que l’on réserve la pratique de la plume à son amant officiel, du moins à son amant régulier. Car s’y adonner « le premier soir » est encore plus mal vu que la coucherie pure et simple post-discothèque. Si vous « séduisez » en soirée, en somme, allez-y franco, pas de mise en bouche, on passe direct au dessert !

Au delà de la plume d’un soir, la question se pose au sein de couples de longue date. Certaines femmes ressentent toujours une pointe d’humiliation lors d’une plume, même avec leur humble mari. Toutes petites face à cette kékette déjà triomphante, elles se demandent à quoi rime cet exercice de domination du mâle sur la gourmande femelle. Et l’homme aussi, parfois (rarement) (jamais en fait non ?) hésite à inviter sa femme à le plumer, pour ne pas l’offenser. Il préfèrera adresser cette requête à sa maîtresse, qu’il respecte moins. Mais alors on en revient au point précédent : la maîtresse a-t-elle si peu d’honneur pour accepter de plumer son crétin d’amant infidèle ?

À celles et ceux qui se trouvent dans ce cas, ne tergiversez plus ! La femme qui plume se trouve au contraire dans une position de pouvoir ultime, dans un pur et simple rapport de domination dans lequel l’homme est vaincu ! Pourquoi ? Car la femme est armée de la possibilité de mordre son homme à tout moment ! Eh oui, plutôt qu’un acte de soumission, la plume relève d’une véritable prise de pouvoir de la femme sur cet homme fébrile, frémissant à chacun de ses coups de langues ! Anéanti par le plaisir, il ne lui résiste plus, et ce parfois jusqu’à la mort !

imagesRappelez-vous en effet l’anecdote macabre qui a fait la gloire posthume de notre ancien Président de la République Félix Faure. Marguerite, sa maîtresse sulfureuse, lui procura, ce 16 février 1899, une plume fatale : Félix Faure meurt d’une congestion cérébrale quelques heures après la gâterie de Marguerite, au Palais de l’Elysée quand même ! La pauvre Marguerite sera rebaptisée d’un surnom à la hauteur de celui de Cléopâtre : «Pompe funèbre». Enfin, ce ne sont que les rumeurs de l’époque, mais puisqu’elles servent cet article…

 

Petit précis de la plume réussie

La plume fatale, soit, encore faut-il savoir l’offrir.

On ne saurait omettre de vous conseiller avant tout une plume propre. Hommes, présentez une kékette brillante et lustrée, la plume n’en sera que plus agréable. Car c’est le plaisir de celui ou celle qui la donne qui fait la bonne plume !

Pour le reste, n’ayant pas la prétention de m’ériger en experte du sujet, je me fonderai sur les préceptes enseignés par Diderot. Tenons-nous en encore une fois aux fondements de l’expression « tailler une plume ».

Tout comme pour l’art de l’écriture, une bonne plume semble tenir d’abord à une bonne posture de la main. Le pouce et l’index en position, n’oubliez pas d’utiliser ces outils qui font de l’Homme ce qu’il est et qui le distinguent du reste du monde animal (singes exceptés bien sûr). Pour en savoir plus sur la fabuleuse histoire de la capacité de préhension, je vous invite à lire ceci.

Je reviens encore à la métaphore de la taille de plume d’oie pour oser un troisième conseil : ce n’est pas pour rien que l’on préconisait, avant toute opération de taille au canif, d’humidifier délicatement la pointe de la plume d’oie du bout de la langue

Propreté, délicatesse, subtilité du doigté… Si l’on en croit Diderot, une taille de plume réussie est aux antipodes de celle que les hommes aiment à observer sur les sites pornographiques. Enfin, ce n’est que l’avis de Diderot…

Sur ce, bonne année 2016, qu’elle soit faite de plumes délicieuses et assumées, avec qui vous voulez.

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Manuela

12 Comments

  1. Enfin un article qui pose les bases historiques de cette pratique trop souvent associée à une déviance. Je ne pensais pas, en me lançant dans cette lecture d’une érudition sans pareille, que j’allais apprendre autant de choses à propos de la plume.
    Comme quoi l’on peut parler de tout et sans vulgarité quand on sait y faire.
    Pour la plume je ne sais pas, mais en ce qui concerne l’écriture, votre maîtrise est sans égale. Bravo!

  2. « Pourquoi ? Car la femme est armée… » Incorrect : la réponse doit commencer par « parce que », non par « car », qui sert plutôt à expliquer les raisons pour lesquelles on pose la question. Sinon, dans l’ensemble, c’est instructif, hein ! J’ai lu aussi « et bien » au lieu de eh bien », mais je ne sais plus où. La plume a dû déraper. C’est joli, une plume, pourquoi s’en priver ? Et Cléopâtre, ça c’est une vraie reine ! On n’en fait plus, des comme ça.

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